Sexualité tabou

Hélène

Sexualité

Et ta sexualité, on en parle ?

 

Réflexion sur la sexualité.

La sexualité.

 

J’ai juste envie qu’on en parle. Comme ça, simplement. Comme on parle du quotidien, de la météo, des travaux, du boulot, du corona. « On », c’est-à-dire nous tous. Nous, les êtres humains, qui sommes tous un jour confronté à une forme de sexualité.

 

Pourtant ce n’est pas un sujet de conversation comme un autre.

 

Tu vois de quoi je parle ? Quand on rougit, quand un ami donne un peu trop de détails. Quand on se sent mal à l’aise d’en parler avec certaines personnes (maman, mamy, le voisin, la collègue, le facteur, tante Gertrude…). Quand on ne veut pas savoir. Quand on a peur d’être jugé. Quand on juge aussi.

 

Aujourd’hui j’ai juste envie qu’on prenne conscience que ce sujet reste plein de tabous et que toi et moi, on se demande pourquoi. On expérimente tous une forme de sexualité, alors de quoi est-on gêné ?

 

Parler de sexualité : où est le problème ?

 

T’aimes bien quoi ? Qu’est-ce qui te fait vibrer ? T’attire ? T’effraie ? T’intéresse ? Qu’as-tu vécu comme belles et moins belles expériences ? Qu’aimerais-tu partager ?

 

Des questions si évidentes, pour un sujet anodin.Un blabla quotidien, une simple expérience. Mais pourquoi ça nous gêne de parler de sexualité ?

 

Revenons sur notre éducation pour tenter de comprendre d’où provient le malaise.

 

Et si cette gêne remontait à notre enfance ? 

 

Quand on y réfléchit, les tabous entourant le sujet de la sexualité dans un dialogue adultes-enfants sont souvent très importants.

 

De l’enfant qui pose ses premières questions sur son sexe à la découverte de la masturbation, en passant par le célèbre Papa, maman, comment on fait les bébés ?, comment le parent réagit-il ? Souvent, avec beaucoup de bienveillance et un brin de maladresse, le parent va : rougir / bégayer / nier / changer de sujet / tenter une explication scientifique / parler d’une histoire de petite graine / faire comme s’il n’avait ni vu ni entendu / … (biffer la mention inutile). Plus l’enfant pose de questions en détails, plus le parent transpire. Et l’enfant, tel un miroir, renvoie à l’adulte sa propre gêne.

 

Le résultat ? L’enfant intègre cette gêne ou cette pudeur et comprend que ce sujet peut mettre mal à l’aise. Il ne pose pas ses questions librement. Il n’apprend pas.

 

Et quand l’enfant grandit, que se passe-t-il ?

 

L’adolescence, rappelez-vous : on voit son corps changer et ses envies sexuelles apparaître ou se transformer. Mais comment comprendre ce qu’il se passe, ce qu’on ressent, comment apprivoiser son nouveau corps sans pouvoir en discuter de manière naturelle avec nos référents, ceux qui nous apprennent tout de la vie (parents, grands-parents, instituteurs,…) ? Tout, sauf la sexualité.

 

Les tabous entourant notre propre sexe mènent à une méconnaissance criante de notre corps.

 

À titre personnel, j’ai pris conscience du problème quand plusieurs de mes amies me disaient ne pas oser mettre de tampons de peur de “se tromper de trou”. Comment est-ce possible que se toucher ou poser des questions sur son sexe soit si honteux, ou que notre pudeur soit si importante, qu’on en arrive à avoir peur de tromper de trou ? Aujourd’hui je m’interroge : qu’est-ce qui amène une société à laisser grandir ses enfants sans connaître leur propre corps ?

 

Une grande partie de notre apprentissage se fait par mimétisme. Or durant l’enfance, a priori, nous n’avons pas été témoins de sexualité. Et durant l’adolescence, nous découvrons la sexualité à laquelle nous avons accès : celle des médias d’une part, et celle de la pornographie d’autre part.

 

Les médias mainstream montrent souvent des corps nus parfaits hypersexualisés en publicité et une sexualité romancée dans les films et séries : tout est beau tout est propre, les personnages savent dès la première fois comment s’y prendre, ils ressentent du plaisir directement, ils ne se protègent pas,… bref, bien sympa mais pas très réaliste ni éducatif.

 

La pornographie, de son côté, pourrait être éducative mais sans recherches approfondies, elle représente souvent un certain fantasme (machiste) à répétition. Et surtout, c’est à nouveau une fiction souvent loin des réalités concrètes d’un échange sexuel. Sans approfondissement, ces biais donnent donc malheureusement une représentation assez limitée de la sexualité.

 

Sans oublier l’absence du rôle éducatif de l’école où les cours d’éducation à la sexualité sont absents ou très ponctuels. En l’état des choses, ils ne suffisent pas à déconstruire cette gêne intégrée et à réellement amener à une discussion décomplexée de la sexualité.

 

En bref, la sexualité s’apprend sans cadre si ce n’est ces références unidirectionnelles (médias et pornographie). Cet apprentissage dépend donc entièrement de notre entourage plus ou moins proche, de l’importance des tabous pour ces personnes, ainsi que de nos premières expériences. Bonne chance…

 

Pas d’apprentissage ? La porte aux clichés est officiellement ouverte

 

De notre rencontre de la sexualité à l’adolescence, on retient souvent beaucoup de clichés plus ou moins conscients, qu’il semble difficile de déconstruire.

 

Faisons un petit tour d’horizon des mille et une recettes pour bien se mettre la pression – et je ne cite ici que les dynamiques hétérosexuelles, que je connais mieux, mais je serais curieuse de connaître celles qui animent les autres orientations et identités sexuelles.

 

Il y a la pression d’être un bon coup, de ce que le partenaire peut penser, de ce qu’il peut dire aux autres, de ce que les autres vont se dire entre eux. L’homme doit être viril, puissant, endurant, confiant, avoir envie tout le temps, avoir un orgasme mécanique, systématique, facile.
La femme doit être douce et mystérieuse tout en étant « chienne », s’adapter au plaisir de l’homme, avoir besoin de la pénétration. Il ne faut pas changer trop souvent de partenaires sinon on est une fille facile mais avoir eu peu de relations, « c’est triste, tu risques de regretter ». Si elle n’en fait pas assez : elle est coincée ; si elle en fait trop : c’est une salope. (Au passage : c’est quoi pas assez ? c’est quoi trop ?)

Dans les autres idées reçues, on trouve : L’orgasme de l’homme termine le rapport sexuel. La femme doit offrir sa virginité à la bonne personne. L’homme ne doit pas avoir de doute.

 

En plus de la pression individuelle, il y a une pression sur le couple lui-même : il faut le faire un certain nombre de fois par semaine/mois, il faut varier les positions, les lieux, tout essayer, etc. Il y a même une pression pour la reprise de la sexualité après l’accouchement, le corps à peine remis de l’événement et les nuits déjà si courtes.

 

Enfin, les jeunes filles apprennent très tôt qu’à leur première pénétration, elles auront systématiquement mal, que c’est normal. Et quand la douleur continue, revient, voire si la douleur ne part jamais, elles ne savent pas que c’est anormal – ou elles n’osent pas le dire pour ne pas avoir l’air inexpérimentées.

 

Comment est-ce possible que ce sujet soit si complexe, si honteux au point que la douleur devienne une norme ? 

 

C’est là que ces tabous posent un problème ! 

À cause de cette gêne et de l’absence de discussion qui en découle, il est possible de ne pas réaliser qu’un comportement qui nous déplaît peut être signalé et changé, qu’une sensation désagréable peut être signe d’un quelconque souci auquel il faut apporter une solution. Ces tabous entravent la discussion au sein même du couple et entraînent donc aussi potentiellement une peur de dire non ainsi qu’une gêne dans l’acte lui-même.

 

Jusqu’où ces tabous peuvent-ils mener ?

 

Je vois dans ces tabous une lourde entrave à l’épanouissement et à la liberté sexuelle, ainsi qu’au bien-être vis-à-vis de son corps et de sa sexualité. J’ai pris conscience de cela lorsqu’une amie très proche et très chère à mon cœur m’a dit ceci :

« En fait, je ne savais pas qu’on pouvait faire l’amour sans avoir mal. Je pensais juste manquer d’entraînement ».

Lorsqu’elle m’a dit ça, je vivais (et avais toujours vécu) une sexualité où la douleur était absente. L’idée qu’une amie pouvait avoir mal à chaque rapport sans savoir qu’il pouvait en être autrement m’a troublée, déroutée, choquée.
Comment ai-je pu si peu partager avec elle sur ce sujet qu’elle n’ait pas su qu’une douleur non choisie pouvait – devait – être absente d’un partage sexuel ? Cet événement est un tournant majeur dans ma relation à mon intimité, aux partages et aux discussions sur ce sujet. J’ai compris à quel point ces tabous intégrés pouvaient avoir un effet dévastateur sur l’intimité, le plaisir, le bien-être.

 

Heureusement, les langues semblent se délier petit à petit. Plus ou moins vite, selon le milieu et l’entourage. Des initiatives sont lancées, comme le merveilleux Nicole Magazine, par exemple, qui offre une place publique pour parler de la sexualité et du plaisir féminin sans tabou.

 

J’ai envie de participer à ce mouvement. J’ai envie qu’aujourd’hui vous vous demandiez pourquoi vous ressentez cette gêne, cette pudeur ; que vous vous posiez les questions suivantes : qu’est-ce qui me plaît à moi ? Qu’ai-je envie d’essayer ? Qu’est-ce qui me déplaît ? Qu’est-ce que je n’ose pas dire, ou qu’est-ce que je dis et qui n’est pas entendu ? Et pourquoi ?

 

Parlons-en. Toi, parles-en.

 

Si tu as des questions, si certains aspects de la sexualité te mettent mal à l’aise, si tu éprouves des difficultés,… parles-en. Peut-être une personne de ton entourage aura connu la même chose et pourra te conseiller, peut-être ton ou ta partenaire pourra-t-il/elle s’adapter à ce qui te convient.

 

Si tu vis une sexualité épanouie… Parles-en aussi. Peut-être cela va-t-il faire prendre conscience à une personne de ton entourage que la douleur n’est pas une norme ; ou tout simplement inspirer un couple qui s’ennuie.
Alors d’accord, tu n’es peut-être pas obligé(e) de parler des détails les plus croustillants avec ton papy ou ton boss.

 

Mais s’il te plaît, parles-en !

 

Hélène Leclerc

plaisir et sexualité

Damien

Sexualité

Qu’importe le corps, pourvu qu’on ait l’ivresse

 

Réflexion sur le plaisir 

Introduction

 

Dans cet article, c’est le plaisir qui aura ici la place de choix. Pas de termes techniques, pas de témoignages ou de façons de faire face, ceci est une invitation à (se) procurer du plaisir, qu’importe les circonstances.

 

Cet article est une réflexion parsemée d’exemples précis. Si ton attention s’égare dans la masturbation intellectuelle, passe à la suivante. Lis-le en diagonale ou sois attentif à chaque mot, mais retiens surtout le message final, il est double et lui seul importe : l’intime et le plaisir priment sur les possibilités du corps et c’est toi qui décides, d’accord ?

 

Les piliers du plaisir

 

CONSENTEMENT ET INTENTION

 

Le consentement, l’accord verbalisé, et l’intention, l’idée qui motive tes gestes, forment le socle sur lequel tu vas construire ton intimité. Ils sont indispensables, mais ce n’est pas ici que tu en apprendras plus à leur sujet. Ici, on parle de plaisir. Sache qu’avant de toucher et de sentir, il est impératif d’affirmer son consentement à l’intimité.

 

L’intime ou comment aller au cœur des choses 

 

La première personne avec qui tu partages ton intimité, c’est toi.

 

Un éventail extraordinaire d’options sont à ta portée et c’est toi qui décides de ce que tu considères comme intime : chaque centimètre de ta peau ? quelques parties seulement ? certaines pratiques peut-être ?

 

Je t’invite à te poser la question suivante : Qu’est-ce qui est si intime, si personnel, que je le partage uniquement à une poignée de personnes, voire que je ne réserve qu’à une personne, celle de mon choix ?

La réponse à cette question sera ton intimité, ta flamme. Une flamme qui jamais ne s’éteint, et qui, même si on la cache, brûle d’envie d’être partagée avec les autres. C’est elle qui réchauffera ton cœur et le cœur de celles et ceux avec qui tu voudras la partager. Ta flamme n’a que faire de ton âge, de ton corps, de tes possibilités physiques, elle est là et elle attend de brûler plus fort au contact d’une autre.

 

Peu importe la couleur de ta peau, la longueur de tes cheveux, ta taille ou ton poids, ton expérience, si tu es prêt à partager ton intimité et à accueillir avec bienveillance l’intimité de quelqu’un d’autre, tu trouveras des personnes sur ta route du plaisir.

 

La sexualité semble prendre le dessus sur l’intime et la sensualité.
Pourtant, je t’invite à renverser la vapeur et l’ordre de ces éléments, à faire primer l’intime et la sensualité; la sexualité viendra plus tard. Avant même d’être nu, dévoile ton intimité par un regard, un geste, un échange. Avant le moindre contact, tu pénètres déjà au cœur de l’intime grâce à cette personne qui te fait ce cadeau incroyable dont on profite à plusieurs : l’autre à nu et pourtant toujours habillé.

 

C’est le partage des envies, l’échange des idées qui créent une atmosphère propice au plaisir. Engage la conversation, de façon subtile ou complètement abrupte, dans l’ambiance tamisée d’une chambre ou dans une clairière baignée de soleil. Parle et apprends ce que tu peux faire et ce qu’ensemble, vous pouvez mettre en place. L’important est de manifester à la fois que tu es d’accord, que tu as envie, et ce qui procurerait du plaisir à l’un comme à l’autre: « J’aimerais pouvoir te faire jouir après un massage à la lueur des bougies.”

 

Exprimer ce que tu souhaites et dévoiler ce qui te plaît est aussi important, voire plus, que l’acte en lui-même.

 

L’échange ne vient pas de ce qui est fait, mais bien de comment on le fait. Et pour savoir comment faire, il faut communiquer avant, pendant et après.

Si l’endométriose est source de douleurs, sélectionne habilement après une brève conversation toutes les options douloureuses et définis ton intimité, ta sensualité, ta sexualité.

 

Tu as le choix de prendre ton plaisir au sérieux et de passer autant de bons moments que possible en décidant en conscience de ce qui te plaît, de ce qui te fait chavirer et de ce qui réveille en toi des sensations insoupçonnées. Ta sexualité est entre tes mains, le choix est le tien. Entre la douce caresse de quelques doigts le long de ta cuisse et les à-coups répétés la tête enfouie dans le coussin, l’intensité varie. Et pourtant qu’est-ce qui compte vraiment ? La forte intensité passagère ou bien l’intention et le partage annoncés par cette caresse subtile ? Je maintiens que c’est le lien tissé entre vous qui décuplera le plaisir et non l’acte en lui-même.

 

Tout le monde ne partage pas la même notion de l’intimité, mais tout le monde se sentira plus proche de toi à la chaleur de ta flamme. Et dans cette proximité naît le plaisir.

 

La notion de plaisir ou comment kiffer ta vibe à toi 

 

Le plaisir est propre à chacun.

Chacun évolue avec sa définition et même si beaucoup d’actions identiques provoquent des réactions similaires, certaines restent singulières. Le plaisir se doit d’être libre de toute justification, toute explication, de toute notion péjorative.

 

Je t’invite à répondre à la question suivante : Qu’est-ce qui me procure du plaisir ?

 

Ton activité intime préférée consiste à te caresser dans le noir avec ton index et ton majeur dans le sens des aiguilles d’une montre les soirs de pleine lune ? Génial, alors profites-en ! Fais-toi plaisir, littéralement. Ou peut-être préfères-tu avoir tes yeux plongés dans les yeux d’une autre personne des heures durant en te tenant la main et en buvant des shots de cacao ? Super, alors profites-en ! Ou peut-être préfères-tu les caresses et les bisous dans le cou, ou passer en revue toutes les positions possibles en alternant toutes les 2 minutes ? Kiffe ta vibe à toi !

 

Qu’est-ce qui me procure du plaisir ? Tu peux soit répondre à cette question sans l’aide de personne soit solliciter un avis, une expérience, qui t’aidera peut-être à forger ton opinion.

Cependant l’opinion d’autrui est un outil difficile à manier. Elle peut être révélatrice d’un plaisir caché ou venir voiler un plaisir qui serait le tien, différent de celui présenté. Les avis consultatifs sont donc à consommer sans modération mais à prendre avec du recul. Tu as vu des scènes dans des films ? Tu as lu des conseils sur des blogs ? Tu as entendu que telle ou telle personne fait l’amour autrement ?

 

Et. alors. ? Elle est là la bonne question, qu’est-ce que tu peux tirer comme apprentissage de l’expérience des autres ? Tu l’ajoutes à ton manuel du plaisir ou tu la laisses de côté ?

 

Crée ta norme, crée ton plaisir, et tu trouveras d’autres comme toi.

 

Tu es la seule personne à décider et si ta sexualité est portée par les plus solides piliers, l’intention et le consentement, alors vois dérouler la liste de tes amants, et jouis, et jouis encore. Tu adores te faire caresser pendant des heures sans jamais aller plus loin ? Cherche et tu trouveras qui veut ton plaisir. Tu préfères qu’on te lèche pendant des heures, qu’on utilise des jouets et qu’on explore mille et une positions sans la moindre pénétration ? Cherche et tu trouveras la personne qui se fera un plaisir de t’accompagner.

 

Tu sais désormais ce que tu aimes, parfait !

 

Que manque-t-il alors pour jouir autant que faire se peut ? Une autre paire de mains douces, un visage suave, deux yeux tendres, des lèvres ardentes et une langue avisée, mais surtout, surtout, le plaisir de communiquer.

 

Car face à toi nul n’est expert et si ton corps est un instrument, toi seul en connaît la musique.

 

Alors, invite, à ton tour, et invite encore ! L’intime et le sexe, c’est bien, mais le plaisir d’abord.

 

Damien Léonard

Où aller chercher les infos pour (se) procurer du plaisir ?

 

– Sur Instagram : @orgasme_et_moi, @jouissance_club, @jessicapirbay, @camilleparlesexe

– Via des podcasts : Sexplorer, Amours plurielles, Première & Dernière fois